La peur des ondes fait des vagues à Paris
> Auteur : Marc Thibodeau - La Presse
> Publié par : http://www.cyberpre
> Le : samedi 28 juin 2008
Certaines personnes se plaignent d'être sensibles aux ondes électromagnétiques, au point de développer nausées, maux de tête et palpitations. Bien que l'Organisation mondiale de la santé ne reconnaisse pas le lien de cause à effet qu'elles évoquent, leurs critiques ont poussé la Ville de Paris à retirer les bornes Wi-Fi installées dans plusieurs bibliothèques de la capitale. Et à commander une étude approfondie pour limiter le niveau d'exposition de la population.
Les élus parisiens font ces jours-ci des pieds et des mains pour tranquilliser des syndicats et des organisations environnementales qui redoutent l'impact sur la santé des ondes électromagnétiques.
La semaine dernière, le conseil municipal a approuvé la réalisation d'une étude comparative sur les réglementations et les dispositifs mis en place pour limiter l'exposition du public aux ondes utilisées pour les télécommunications (téléphone portable, Wi-Fi, etc.).
La décision survient quelques mois après que la Ville eut décidé de retirer des bornes Wi-Fi de quatre bibliothèques de son réseau.
«Plusieurs de nos membres souffraient de nausées et de vomissements. Nous avons fini par faire le lien avec le fait que les bornes venaient d'être installées dans ces établissements»
Il estime que l'absence de consensus scientifique sur l'effet sanitaire des ondes électromagnétiques justifie l'application du «principe de précaution» et l'utilisation de connexions filaires dans l'ensemble des bibliothèques.
Aucune preuve scientifique
La Ville dit avoir retiré les bornes Wi-Fi des bibliothèques où elle a reçu des plaintes pour réduire les tensions. Elle ne reconnaît pas pour autant l'existence de liens entre les problèmes de santé de certains employés et le Wi-Fi. Et elle continue l'implantation du système un peu partout dans les parcs et jardins de la capitale.
Sur son site, elle rappelle que l'Organisation mondiale de la santé estime qu'il n'existe pour l'heure «aucun élément scientifique probant confirmant d'éventuels effets nocifs... des réseaux sans fil sur la santé».
Le ministère français de la Santé souligne, dans la même veine, «qu'aucune preuve scientifique» ne vient étayer l'existence d'un risque sanitaire. Il prévient toutefois que l'hypothèse ne peut être exclue complètement en raison de l'existence d'études contradictoires.
Le gouvernement a demandé à l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail de faire le point sur ce «sujet controversé».
Un des responsables de l'agence a récemment déclaré que les symptômes observés chez les personnes qui se plaignent étaient réels mais qu'ils découlaient de leurs «peurs» face aux nouvelles technologies plutôt que des ondes elles-mêmes.
Brûlures et palpitations
Ce type d'affirmation fait bondir Évelyne Rouquié, une résidante du 18e arrondissement de Paris disant souffrir «d'hypersensibilité électromagnétique» (HSEM).
«J'ai toujours vécu avec des radios, des télévisions et je n'ai jamais eu peur des ondes. Ce n'est pas ce qui explique ce que je vis aujourd'hui», dit-elle.
La femme de 51 ans affirme avoir été touchée par de violents maux de tête, des nausées, des palpitations et des sensations de brûlures sur la peau en août 2007 lorsqu'elle a réintégré son appartement après un congé.
Ses malaises, a-t-elle conclu après avoir parlé avec une organisation environnementale, découlaient de la proximité de tours de transmission téléphonique dont la puissance avait été multipliée durant son absence. «Je ne pouvais plus rester dans l'appartement plus de 10 minutes», souligne Mme Rouquié, qui a décidé de se reloger ailleurs.
Le nouvel appartement qu'elle a acheté en début d'année a été peint avec une peinture en graphite qui permet, selon elle, de couper les ondes électromagnétiques.
Selon l'OMS, les études réalisées à ce jour sur des personnes disant souffrir d'hypersensibilité électromagnétique indiquent qu'elles ne réussissent pas mieux que les autres à détecter la présence de champs électromagnétiques. Rien ne permet pour l'heure de lier les symptômes observés aux ondes, résume l'organisation.
Handicap reconnu en Suède
Mme Rouquié a l'habitude de voir ses affirmations accueillies avec scepticisme. Même des membres de sa famille, relate-t-elle, lui ont suggéré qu'elle souffrait de troubles psychiatriques.
«En France, personne ne nous prend au sérieux. Mais il y a de plus en plus de gens comme moi. Et il va y en avoir encore plus», souligne la résidante parisienne, qui plaide, à l'instar de diverses organisations environnementales, pour une réduction des seuils de puissance d'émission autorisés pour les systèmes de communication.
Elle aimerait que la France emboîte le pas à la Suède, où plusieurs milliers de personnes souffrant de symptômes similaires aux siens reçoivent une aide financière du gouvernement. L'État reconnaît leur handicap, sans pour autant reconnaître de liens réels avec les ondes électromagnétiques.
Une organisation française, Robin des Toits, a récemment annoncé la création d'un réseau HSEM qui vise à faire évoluer l'attitude des administrations face à cette «pathologie».
«Les autorités françaises disent que rien n'est encore prouvé. Avec ce raisonnement, on ne peut rien faire. C'est comme si mon problème n'existait pas», déplore Mme Rouquié.