Musées de la Ville de Paris: Comme un malaise

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Voici un excellent article, très documenté, sur les musées de la Ville de Paris publié par le site de référence  http://www.louvrepourtous.fr

POLITIQUE CULTURELLE

Musées de la Ville de Paris: Comme un malaise !

 

On pensait les musées parisiens bien gérés sous l’ère Delanoë avant que n’advienne une série d’événements préoccupants. La Ville réfléchit à un changement de leur statut quand y fleurissent depuis peu de curieuses expositions. Enquête et craintes...

 

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Hôtel de Ville, Paris ©BH

25.11.10, actualisé le 28.11.10 | LE VOL DU MUSÉE D’ART MODERNE (MAM) de Paris en mai dernier, spectaculaire tant par la qualité des oeuvres dérobées que par la simplicité de son mode opératoire, offrirait une magnifique étude de cas pour le concours d’admissibilité au poste d’agent-chef de la surveillance spécialisée des musées parisiens [1]. Mais plus qu’un dysfonctionnement aux conséquences graves, ce vol retentissant révéla un profond malaise dans la vie des musées municipaux, insoupçonnable jusque là. Bertrand Delanoë et son équipe eurent alors beau jeu d’accuser d’incurie les mandatures précédentes, et revendiquer moultes améliorations dans les établissements municipaux depuis leur arrivée, certaines, cependant, suite à des recommandations répétées de l’Inspection générale de la Ville [2]. Plus de 100 millions d’euros injectés depuis 2001, c’est beaucoup et c’est peu au regard, par exemple, de la même somme consacrée à la seule rénovation du Cent Quatre, établissement culturel ouvert en 2008 dans le XIX° arrondissement. L’opposition parisienne, parfaitement dans son rôle, cria au scandale, les élus du groupe UMPPA mené par Jean-François Lamour fustigeant les "dysfonctionnements persistants" des musées de la Ville. Une droite pourtant bien mal placée pour donner des leçons quand on se souvient des eaux troubles dans lesquelles baignait la Direction des affaires culturelles (DAC) sous la Chiraquie (Voir encadré).

Ironie du sort, en 2004, le MAM avait bénéficié lui-même d’importants travaux, à hauteur de 15 millions d’euros, "pour le mettre aux normes de sécurité anti-incendie et anti-intrusion" indiquait Christophe Girard, adjoint à la Culture [3]. La Ville reconnut seulement une panne de l’alarme volumétrique visant à détecter les déplacements suspects dans les salles, alarme en attente de réparation depuis deux mois - ce qu’ignorait le directeur du musée ! -, accablant à demi-mot les trois agents de surveillance du PC Sécurité qui n’avaient pas réagi aux images montrant, sur les écrans de contrôle, vers 3h50, une personne cagoulée au sexe indéterminable tellement les images étaient mauvaises et fugitives [4]. Le Supap-FSU, syndicat majoritaire dans les musées parisiens, s’insurgea contre cette mise en cause du personnel, pointant plutôt l’insuffisance des travaux entrepris, l’absence de caméra à l’endroit précis de l’effraction, démentant la diffusion en direct des images de surveillance (40 caméras pour 7 écrans dont 4 en panne), et d’alarme anti-intrusion partout dans le musée [5]. Deux semaines plus tard, les enquêteurs de la brigade de répression du banditisme indiquaient que le ou les voleurs devaient connaître "a priori parfaitement les lieux et les nombreuses failles de la sécurité" du musée [6]. Mais personne ne connaîtra avant des mois, voire des années, les circonstances exactes du vol puisque, aussitôt bouclée, l’enquête demandée en interne par Bertrand Delanoë fut remise au procureur de la République sans que rien n’en soit rendu public. Celle-ci est donc désormais couverte par le secret de l’instruction. Un second rapport "sur l’ensemble des musées et leur sécurité" demandé dans la foulée par le maire de Paris devait être rendu en septembre. Il n’est à ce jour toujours pas rendu public sur le site Internet de la ville comme tous les autres rapports depuis 2002 (contrairement aux années Chirac) et ne le sera sans doute jamais, compte-tenu de son objet. Raisons de sécurité.

Mais le MAM n’était pas, semble-t-il, le seul des quatorze musées parisiens en carence flagrante de sécurité. Un autre syndicat, la CFTC-Ville de Paris, pointa également du doigt les musées Carnavalet, Cernuschi, de la Vie romantique ou encore le Petit Palais, ce qui s’avérait d’autant plus surprenant que, comme pour le MAM, le Petit Palais et le musée Cernucshi avaient bénéficié, sous la première mandature Delanoë, d’importants travaux de rénovation, respectivement de 64 et 8 millions d’euros [7]. Un constat alarmant corroboré en partie par l’Inspection générale de la Ville dans un rapport remis au maire un an plus tôt : "En matière de sécurité incendie, en dehors des musées rénovés récemment, les installations sont obsolètes et non conformes à la réglementation. En ce qui concerne la sûreté, la protection des locaux n’est que partiellement assurée et celle des oeuvres reste très rudimentaire" pouvait-on y lire [8]. Au-delà des moyens matériels, le rapport stigmatisait aussi les carences en personnel. Un taux d’absentéisme dans les musées légèrement supérieurs à la moyenne de la Ville, révélateur de mauvaises conditions de travail, phénomène venant aggraver une mauvaise organisation des équipes, mal réparties et peu formées en matière de sécurité. Au musée Carnavalet, l’un des plus visités de Paris, cela se traduisait par un sous-effectif chronique, entraînant le recours régulier à des vacataires et à la fermeture au public de 20 à 40 % des salles, notamment le week-end [9]. Situation toujours d’actualité si l’on en croit les plaintes récurrentes de visiteurs dans le livre d’or du musée. On comprend que des dirigeants d’institutions culturelles soient enclins à supprimer cette pratique bien trop démocratique [10].


AMIANTE ET VÉTUSTÉ AU MUSÉE CARNAVALET
Toujours à Carnavalet, l’Inspection générale de la Ville indiquait que les installations électriques n’étaient plus aux normes. Une vétusté qui se vérifia le 26 août 2010, quand, vers 11h, le système d’alarme de l’établissement s’éteignit subitement. La direction déclencha alors l’évacuation de la centaine de salles du musée qui, au lieu des sept minutes prévues, dura une demi-heure, les haut-parleurs destinés à diffuser les consignes de sécurité pour le public restant aphones. Ce qui n’empêcha nullement la direction de rouvrir le musée dès l’après-midi. Ce n’est qu’en soirée, après consultation de la hiérarchie, qu’il fut décider de fermer l’établissement au public dans l’attente de réparations... qui n’intervinrent que dix jours plus tard ! ce long temps d’attente s’expliquant par la livraison tardive d’une pièce défectueuse - comme au MAM -, ce qui laisse perplexe sur le suivi logistique de la première ville de France. Une fois l’affaire parue dans la presse, Danièle Pourtaud, adjointe au Patrimoine, s’empressa de rappeler qu’un programme de rénovation du musée Carnavalet de 10 millions d’euros était prévu, le désignant comme prioritaire dans le plan de mise en sécurité des musées municipaux. Tellement prioritaire que les travaux du musée phare de Paris ne devraient démarrer qu’en 2012 [11] ! Onze ans après la prise de fonction de Bertrand Delanoë à la Mairie.

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Hôtel de Ville, Paris © Bernard Hasquenoph

Un mois plus tôt, une catastrophe n’arrivant jamais seule, le Supap-FSU avait révélé dans un communiqué paru sur son blog puis repris dans la presse que le musée Carnavalet, "dans plusieurs zones ouvertes au public", recélait "de l’amiante dans un état dégradé", notamment dans l’atelier pour enfants ! Une situation, selon le syndicat, connue de la Ville depuis des années. Avec stupéfaction, on apprenait du même coup une série d’accidents récents qui heureusement n’avaient pas entraîné d’atteintes graves sur les personnes : "Ce musée semble frappé de malchance car au début du mois de juin, une porte de plusieurs centaines de kilos s’est écrasée sur la banque d’accueil des visiteurs. Il faut rappeler qu’en 2008, outre de nombreuses pierres tombant des facades, une petite fille a failli être victime de la chute d’éléments en fonte dans une salle d’exposition. Quelques semaines plus tard, un meuble de plusieurs centaines de kilos s’est détaché du mur de la salle de repos des personnels, au moment où ceux-ci prenaient leur pause" [12]. La Ville de Paris, par l’entremise de Danièle Pourtaud que le syndicat railla pour son invisibilité, avait réagi rapidement, faisant état "de grosses interventions (...) dans des installations de climatisation" faites au printemps comme dans d’autres locaux du musée. Elle annonça d’imminents travaux de désamiantage tout en jugeant "scandaleux" de citer l’atelier pour enfants qui, sans que le Comité Hygiène et Sécurité (CHS) ne l’ait jamais su, l’aurait été "de manière préventive en 2008". Dans le même genre, l’élue soutint que "les diagnostics d’amiante (avaient) été communiqués (...) aux membres du CHS", ce que démentit formellement le Supap-FSU [13]. Deux mois plus tard, on apprit par Le Parisien que la Ville était hors la loi depuis quatre ans pour n’avoir pas sondé la totalité de ses locaux à la recherche d’amiante - 420 seraient en attente - ce qui aurait dû être fait avant fin 2005...

 

Pour lire la suite: http://www.louvrepourtous.fr/Musees-de-la-Ville-de-Paris-comme,622.html

 

 

 

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