Libération: Affaire Chirac, 3 questions à Benjamin Poiret

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Emplois fictifs: «Les intérêts des services publics de la ville doivent être défendus»

Trois questions à

Benjamin Poiret est responsable du Supap-FSU. Ce syndicat des employés de la Ville de Paris envisage de se constituer partie civile dans l’affaire des emplois fictifs sous Chirac, alors que les élus ont validé le protocole d’indemnisation.

 

 

Votre syndicat envisage de se constituer partie civile dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris. Pourquoi?

Cette décision a été votée à l’unanimité par les instances de notre syndicat, il y a une quinzaine de jours. Beaucoup d’entre nous travaillent à la Ville ou dans ses administrations annexes depuis plus de trente ans. Le fait qu’une série de marchés publics aient été détournés pendant de nombreuses années, et l'affaire des emplois fictifs, ont porté atteinte aux intérêts du personnel de la Ville. Et cela de manière très collective. Cet argent aurait pu servir à l’amélioration des services publics. Cela représente des équipements publics, plusieurs crèches. Cette histoire est compliquée et ancienne mais c’est de l’argent public indûment versé.

En tant que syndicat, ne pas être partie prenante n’était pas forcément un problème, mais à partir du moment où la ville retire la sienne, nous estimons que les intérêts matériels et moraux des services publics doivent être défendus.

Les partisans du protocole d’indemnisation de la Ville par l'UMP et par Jacques Chirac expliquent qu’il s’agissait de la façon la plus efficace de récupérer rapidement et avec certitude les 2,2 millions d’euros...

Oui, on est sûrs de récupérer cet argent... C’est le seul argument qui tienne à peu près, même s’il aurait été souhaitable que la mairie récupère cette somme à l’issue de la procédure devant le tribunal. En tant que syndicat, nous n’avons pas à condamner ce que fait Bertrand Delanoë mais nous voulons que se tienne un véritable procès. Or le fait que la ville retire sa plainte aura pour conséquence un procès sans plaidoirie: le parquet a déjà dit qu’il n’y avait pas, pour lui, matière à poursuites. Quelque part, c’est donc un peu un déni de justice.

Il ne s’agit pas non plus de stigmatiser un vieil homme qui a été maire de Paris mais de mettre en lumière de vieilles pratiques qui ne doivent pas se reproduire. Personne ne demande que Jacques Chirac aille en prison mais quand l'ancien maire de Paris (de 1977 à 1995, ndlr) dit qu'il n'a rien fait, il y a un déni.

Nous prenons acte de la délibération du Conseil de Paris mais nous ne sommes pas liés par cette délibération. Nous agissons indépendamment.

Pourrez-vous vous porter partie civile dès la tenue du procès, probablement en janvier ou février 2011?

Oui, cela ne change rien à la procédure. On peut se constituer partie civile lors de l’instruction ou à l’audience. Nos avocats le feront à l’audience.

 

Recueilli par LAURE EQUY

Publié dans Ville de Paris

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