Le Parisien: Ce sont les bêtes noires de Delanoë

Publié le

leParisien.fr 

Source: LE PARISIEN Mardi 22 Juin 2010

 

 

 

Ce sont les bêtes noires de Delanoë

 

Blogueur, syndicaliste ou dirigeant d’association, ils mènent la vie dure au maire de Paris en matière

d’urbanisme ou de politique sociale. Enquête sur des opposants très actifs.

 

 

Responsables d'associations de quartier, délégué syndical ou blogueur, ils apparaissent comme autant de cailloux dans la chaussure du maire de Paris, Bertrand Delanoë, cherchant par leurs actions à entraver son action. Dernier exemple en date, le 12 mai. A la suite d'un recours déposé par l'association Accomplir, le tribunal administratif suspend le permis de démolir du jardin des Halles. La Ville à beau dire qu'il s'agit d'un arbitrage de «pure forme », la mobilisation de quelques riverains très actifs a donné un coup d'arrêt au gigantesque chantier de réaménagement du ventre de Paris.

 

En remportant haut la main les municipales de 2008, le maire de Paris a certes réussi à étouffer l'opposition de droite et à marginaliser ses alliés verts.

 

Mais, si ses adversaires d'aujourd'hui ne siègent pas au Conseil de Paris, ils n'en sont pas moins efficaces. Leurs armes: les recours en justice, les réunions publiques, les manifestations, le tout relayé par Internet.

 

Projet de rénovation de la place de la République, wi-fi dans les bibliothèques, construction d'immeubles de grande hauteur dans la capitale ... chacun a ses combats, mais ces empêcheurs de gouverner en rond peuvent s'allier ponctuellement comme sur l'emblématique dossier des Halles.

 

De Fabrice Piault, qui lutte contre les tours, à Elisabeth Bourguinat, la pasionaria des Halles, en passant par le blog acerbe de Serge Federbusch, revue de troupe des bêtes noires de Delanoë.

 

MARIE-ANNE GAIRAUD ET JULIEN SOLON EL

 

 

Elle fait trembler les Halles

 C'est un moulin à paroles difficile à arrêter dès qu'on ouvre le dossier des Halles. Elisabeth Bourguinat mène une bataille acharnée contre le projet de rénovation du quartier avec son association Accomplir. Elle a même réussi à faire suspendre le chantier en contestant le permis de démolir. A l'Hôtel de Ville, cette pasionaria agace. «Conservatrice », «butée », « tyrannique »... font partie de la longue liste de critiques formulées à son encontre. «Accomplir soutenait au départ le projet Mangin qu'ils fustigent aujourd'hui », aime à rappeler Bertrand Delanoë.

 

«Mangin, nous le soutenions parce que c'était le seul à ne pas construire dans le jardin. Aujourd'hui, le jardin, il le défigure! » lâche du tac au tac cette tête brûlée à la tignasse grise.

 

«Elisabeth aime bien vivre dans le conflit », soupire un élu socialiste qui l'a côtoyée. « Je suis énervante, ça ,je le conçois », admet cette rédactrice free-lance. Elle épluche le moindre document pour trouver «la» faille Ne laissant jamais rien passer, elle épluche le moindre document qui passe sous ses yeux pour trouver « la » faille. «J'ai passé huit ans de ma vie à écrire une thèse sur le persiflage au XVIIIe siècle, je suis un peu tordue », sourit-elle. A 44 ans, cette mère de deux filles de 17 et 20 ans a conservé la spontanéité et l'emportement d'une adolescente.

 

Mais c'est sans doute aussi cette vitalité qui l'a aidée à ouvrir la bagagerie pour SDF au Forum. « Ça, c'est le combat de ma vie. Les Halles à côté, c'est rien. »

 

M.-A ..G.

 

 

Un énarque gonflé à blog

Toutes proportions gardées, Serge Federbusch, énarque, est un peu le Eric Besson parisien. Ancien conseiller en urbanisme de Delanoë, il est remercié de la tête de la SEM Paris Centre, en 2004, après un clash autour du réaménagement des Ha1les.

 

Dans la foulée, ce magistrat de formation quitte le PS où il militait depuis 1977 pour la Gauche moderne avant de se faire élire conseiller du Xe sur une liste UMP lors des municipales de 2008.

 

Très critique contre le projet de rénovation de la place de la République, « qui va créer des embouteillages monstres jusqu'aux portes de Paris », l'élu porte surtout le fer sur Internet. Son blog* vise à «démonter la machine à esbroufe qu'est la mairie de Paris ». Les Halles, le cinéma le Louxor, le stade Jean-Bouin, la réduction de la circulation, les finances ... : ses billets, qui alternent révélations et mauvaise foi, s'attaquent à «des projets conçus dans une optique de communication. Cette politique à court terme laissera une ville endettée et exsangue », prophétise-til.

 

Une manière de régler des comptes personnels avec son ancien patron? « Je ne suis pas anti-Delanoë, veut-il faire croire. Je me bats simplement parce que j'aime Paris. » La preuve: il a appelé sa fi1le aînée Lutèce ...

 

* www.delanopolis.fr.

 

J. S.

 

 

 

Ce syndicaliste aime la com

Avec son dos un peu voûté, ses lunettes rondes et sa sacoche en bandoulière, il a la dégaine du héros du dessinateur Cabu, le Grand Duduche. Mais sous son attitude un peu débonnaire, Bertrand Pieri, 44 ans, est un vrai stratège. Au sein du Syndicat unitaire des personnels des administrations parisiennes (Supap-FSU), ce bibliothécaire passe son temps à titiller le maire de Paris.

 

Le wi-fi dans les bibliothèques qui incommode certains bibliothécaires, un fichier espion du personnel des parcs et jardins, les déclarations du maire lors du vol des tableaux au musée d'Art moderne ... sont autant de dossiers que ce syndicat, apparu en 2005, dénonce avec des méthodes assez inhabitue1les. «J'aime bien défendre les personnes» Au placard les tracts. Oublié les manifestations.

 

Le Supap-FSU préfère dégainer les communiqués de presse. « Les opérations de communication, les mails au personnel, ils savent très bien s'en servir chez Delanoë. Pourquoi, on s'en priverait ? » lâche Bertrand Pieri. Ces dernières années, sa voix s'est de plus en plus fait entendre. « Les élus de gauche en font tellement des tonnes sur la défense des salariés, le maintien des effectifs, les conditions de travail qu'on aime bien les prendre au mot », explique-t-il C'est presque par hasard qu'il a fait ses premiers pas dans la lutte syndicale. « J'ai reçu par erreur une convocation à une réunion.» Il a vite pris le goût.

 

« J'aime bien défendre les personnes », susurre-t-il.

 

M.-A.G.

 

 

 

Il se bat contre les tours

Vingt ans qu'il organise des forums, fait des propositions ou dépose des recours devant les tribunaux pour qu'on prenne en compte les habitants dans les projets d'aménagement de la capitale. ZAC Paris-Rive-Gauche, ou concertation sur les Halles: à la tête de l'association Tam-Tam, Fabrice Piault s'est surtout fait connaître pour sa guérilla contre l'implantation du tribunal de grande instance sur le site de Tolbiac (XIIIe). Allié à la mairie de Paris dans ce combat, ce journaliste de 50 ans constate aujourd'hui « le retour en arrière de Bertrand Delanoë ».

 

Sur la question des tours notamment.

 

«La Ville a décidé de construire en hauteur avant même de dialoguer et de voir si la hauteur était la bonne réponse. C'est le fait du prince, alors que les sondages montrent que deux tiers des Parisiens sont contre les tours », critique Fabrice Piault. A coups de réunions publiques ou à travers les cahiers de doléances de l'enquête publique, Tam-Tam se mobilise contre les totems de la seconde mandature Delanoë. En mars, Fabrice Piault a aussi participé à la manifestation Concertation à Paris, un temps de retard. « Dans son premier mandat, Bertrand Delanoë avait instauré de nouvelles relations avec les citoyens. Mais, depuis 2008, on a l'impression qu'il ne s'intéresse plus à ce qui se passe à Paris. »

 J. S.

 

Publié dans SUPAP FSU CULTURE

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