LA MEDIATHEQUE « METROPOLITAINE »

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 LE MOYEU ET  LA « GENERATION Y » !


Le concept de la future bibliothèque du Forum des Halles a été présenté aux associations du centre de Paris lors d’une réunion organisée par l’Hôtel de Ville.

 

Cette bibliothèque, on ne rit pas, sera, nous citons en italiques – « une médiathèque métropolitaine », car le futur Forum des Halles sera un « Hub », autrement dit, d’après la définition du Harrap’s, un moyeu.

Le moyeu est l’avenir de l’homme !

 

Attendez la suite : « l’idée est de reconsidérer le concept d’offre de lecture publique dans ses attendus, ses contenus, ses publics, ses temporalités » (?), « pour aller vers une offre qui s’adresse à tous les publics métropolitains » (?) et « calée sur les horaires du ‘Hub’ ». Cette « médiathèque métropolitaine » sera « multilingue, avec une diversité d’ambiances, qui favorisera les réseaux de sociabilité ».

 

C’est beau ! Mais patientons, dans le même concept fumeux, « Cette future médiathèque, située à côté du centre de hip-hop, doit avoir une offre adulte proche des attentes des jeunes » (?). « Le public visé est la génération Y*, âgée de 15 à 32 ans, une génération ‘monde’ et ‘cyberacteur de sa vie’ .Mais la » génération Y » a aussi des enfants et elle voudrait venir à la bibliothèque avec eux dans un lieu ludique, sans toutefois que celui-ci devienne une garderie » (ouf ! on respire). « La médiathèque métropolitaine, outre son fonds classique, comprendra un fonds d’actualité en phase avec le monde contemporain et plus particulièrement destiné aux usagers du centre Hip-hop, qui en général lisent peu de livres ». Trouvera-t-on les textes du rappeur normand controversé, Orelsan dans cette nouvelle médiathèque ?

 

On continue ? Continuons, donc : « La  médiathèque sera composée d’un espace calme et d’un espace plus animé et convivial, où l’on pourra parler, téléphoner, consommer des boissons, un espace ‘agora’ » (on vous assure, ils ont vraiment dit ça !).

 

AGORA PARTOUT, CULTURE NULLE PART !

 

Nous estimons que la Ville de Paris se fait abuser (volontairement ?) par de doux escrocs qui lui vendent (très cher !) phrases creuses et concepts fumeux comme « enrichir son temps » ou « développer des services incarnés », ou mieux « faire du book crossing régulé par la Ville » (on aime bien utiliser l’anglais dans ce milieu). On va s’arrêter là pour aujourd’hui.

 

Concrètement, il existe actuellement sur la terrasse supérieure du Forum des Halles la bibliothèque « La Fontaine », d’une superficie de 380 m2, à destination de la jeunesse, dotée d’un fonds de 24 000 documents. Demain, la Ville compte loger dans 1 053 m2 une bibliothèque tout publique, où la jeunesse n’aura plus qu’un coin « réservé » de 200 m2 avec un fonds jeunesse qui devrait diminuer en proportion (12 000 documents?).

Le public jeunesse risque de trouver difficilement sa place dans ce nouveau concept (les publics enfants et adolescents / jeunes adultes ne cohabitent généralement pas facilement). L’espace proprement « bibliothèque » sera fortement réduit au bénéfice des espaces informatiques, boissons, téléphone, agora… Tout cet argent gâché et plus de quatre ans de travaux pour en arriver à cette régression ! De plus la gratuité de tous les supports en direction des enfants que nous avons proposé à la Ville de Paris n’est toujours pas à l’ordre du jour !

 

Les habitants du quartier demandent que pendant les travaux, un comptoir de prêt pour la jeunesse soit aménagé, par exemple dans la salle d’exposition de la Mairie du 1er arrondissement, à côte de la bibliothèque pour adulte « Louvre ». Cette proposition pourtant pragmatique et peu coûteuse a visiblement interloqué les représentants de la Ville de Paris ; il est vrai qu’elle n’avait pas grand-chose de « métropolitain ».

 

La Bibliothèque « François Truffaut » rate le dernier métro

 

La bibliothèque du Cinéma « François Truffaut » s’est installée à grands frais dans la partie souterraine du Forum des Halles en décembre 2008. On ne peut vraiment pas parler d’un succès, à part les accès Internet et les prêts de DVD : la bibliothèque ne prête pas plus de livres et bien moins de revues que pendant sa précédente localisation dans le 6ème, et ceci en dépits d’une amplitude horaire doublée et d’une surface multipliée par huit !  Il est vrai qu’elle n’offre toujours pas de poste de renseignement pour les lecteurs potentiels et la signalétique, très coûteuse (et protégée par un  copyright) n’indique pas les postes de prêt et de retour. La nouvelle vague se retrouve coulée... Cerise sur la pellicule, les postes Internet dysfonctionnent tellement qu’ils se déconnectent régulièrement quand un usager s’y installe obligeant les bibliothécaires à utiliser des cartes factices. C’est l’autre bug de l’an 2010.

 

 C’est ça le concept des nouvelles bibliothèques selon la Ville de Paris !

 

Nous appelons tous les amoureux de la lecture à soutenir les pétitions pour la bibliothèque La Fontaine :

http://dacsupap.over-blog.org/article-non-a-la-fermeture-de-la-bibliotheque-jeunesse-la-fontaine-45162680.html

 

N’oublions pas également la bibliothèque Vaugirard dans le 15ème :

http://www.mesopinions.com/Il-faut-sauver-la-bibliotheque-Vaugirard---petition-petitions-36d66b99746cb2167f6ae29000d07426.html

 

* On connaissait la « génération X », concept inventé par Douglas Coupland pour décrire une jeunesse occidentale désenchantée, après celle du « baby boom ». La « génération Y » est donc la suivante, en attendant la « génération Z ».

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CFDT 31/03/2010 11:09










PROFESSIONNALISME ou PRET A PENSER ?


                                                          


Mardi  9 mars, le « groupe romans adultes», apprécié de tous les
bibliothécaires parisiens pour ses sélections hebdomadaires, a été congédié sans remerciements. Mort et enterré en une phrase, il est remplacé par cinq « collectifs
littératures », ce qui ne va pas simplifier notre vie.


 


Dorénavant des collectifs [« littératures francophones »,
« littératures européennes », « littératures anglophones », « littératures des autres continents » et « essais et histoire littéraire
transculturelle »] prennent le relais. La simplification annoncée devient bien compliquée, par exemple le cinquième collectif dit « essais », à vocation
transculturelle, récupèrera tous les ouvrages à contenus « internationaux » et une passionnée de poésie du monde entier devra désormais visiter pas moins de dix paniers
par quinzaine, périodicité des listes adultes (soit deux paniers, offices et veille, par collectif…). Dans cette réorganisation à la hache, quid des biographies d’hommes de lettres
qui ont vécu dans le monde entier ? Et des apatrides ? Réalisé sans concertation avec les membres des comités de lecture, un tel découpage par aires culturelles nous
semble contre productif, par exemple les portugais et les brésiliens se retrouvent dans des collectifs de veille différents, de même pour les espagnols et les sud-américains. Alors
que chacun sait que les liens culturels sont très forts, très anciens et très étroits entre « les colonisateurs » et « les colonisés ». Les québécois se
retrouvent avec les anglophones, alors qu’ils se battent pour leur identité francophone depuis des siècles ! En histoire littéraire, on parle « d’auteurs d’expression
lusophone », ou de « culture linguistique hispanique » mais nos redécoupeurs ne s’en préoccupent pas ! Ne parlons pas des australiens et des sud-africains,
anglophones de souche souvent, qui se retrouvent confondus avec « le reste du monde », fourre-tout asiatico-indo-esquimo-arabo-esperanto !


 


Il sera demandé sous peu à ces collectifs de rédiger pour le réseau des
« fiches de prescriptions d’acquisitions bibliographiques et des consignes de désherbage ». Pour les bibliothécaires expérimentés, qui connaissent leur métier, c’est pour
le moins désobligeant ! Pour les nouveaux recrutés qui débutent dans la carrière, ces fiches ne remplaceront pas une bonne connaissance des collections et des publics ! Former
n’est pas fournir des recettes, mais éveiller un intérêt et attirer l’attention sur certains détails essentiels. Certains rêvent d’automatiser aussi la gestion des
collections : bientôt, comme à Singapour, ils voudront peut être promouvoir la médiathèque qui tourne toute seule, avec un vigile près des escalators pour refouler les SDF de
la culture ; des lecteurs, livrés à eux-mêmes, dans des salles de lecture où des écrans rivaliseront avec des machines à distribuer boissons ou barres nutritives et des
documents ; des bureaux d’accueil déserts, mais pourvus d’un gros bouton rouge à presser « en cas d’urgence exclusivement ».


 


Nous le savons tous, rien ne peut remplacer la connaissance des fonds, des
auteurs, et l’observation quotidienne de la vie des livres et des lecteurs.


 


Avec de telles logiques technico-statistiques, on nous prépare des générations
de bibliothécaires qui pour toutes réponses consulteront leurs fiches (numérisées bien sûr) ! Un conseil pour un roman ? Attendez je consulte l’écran BZ4H8 ! Si vous
pensez que cet avenir n’existera jamais, n’oubliez pas que Vsmart était à l’origine un logiciel de gestion des flux de marchandises utilisé en Californie dans les supermarchés
alimentaires, alors après les caissières, les bibliothécaires seront-ils un jour bons pour le Pôle emploi ?


 


Quand on lit attentivement le « projet de la Canopée », la future
médiathèque-RER des Halles, on se dit que c’est vraiment la fin d’une époque, où le voisinage des mots culture et bibliothèque avaient un sens. Après l’ère de la politique
bling-bling, voici venir l’ère de la médiathèque « hip-hop », avec le minimum de livres (20 000 c’est bien assez vous pensez !) et beaucoup de surface au sol libre
pour le smurf, la break-dance, les arts de la rue et les machines à café ; avec accès direct aux espaces depuis les quais voyageurs ; avec des services de
« découverte de la société et de la langue française ». Licence de FLE ou brevet  d’animateur social et sportif exigé à l’inscription aux
concours !


Nous ne voulons pas de cet horizon là !


Texte de la CFDT envoyé aux personnels des bibliothèques


 








  













Le webmaster 21/04/2010 17:51


La CFDT nous fait l'honneur de visiter notre blog, un tournant dans l'histoire de ce syndicat, un rapprochement vers les agents municipaux plutôt que de ses dirigeants ? Pour la partie de ce texte
qui concerne Canopée, je vais rectifier quelques infos : 40 000 documents sont prévues (saviez-vous qu'une norme nouvelle est apparue ? 40 documents au m² ! Pour le hip-hop, il n'est pas autorisé
dan les locaux de la bibliothèque mais peut-être dans le centre ressource qui lui sera consacré en face. J'en doute car il s'adressera à ceux qui font des recherches sur cette danse. On peut penser
(euh, sommes nous autorisés à penser ???)que les jeunes investiront tous les lieux qui leur sembleront adequat, la coursive par exemple ? Enfin, entre ce qui est prévu et ce qui adviendra, il reste
encore bien des tractations qui se dérouleront sans nous. Vous serez gentils la prochaine fois de cibler votre interention à l'article concerné. Merci de votre professionnalisme, l'info a aussi
besoin d'être rangée dans le bon tiroir pour pouvoir la retrouver facilement. En tant que bibliothécaires, nous nous comprenons.


supap 25/03/2010 14:05


repris par notre excellent confrère la "Delanopolis"
http://www.delanopolis.fr/Mediatoc_a724.html?preaction=nl&id=7921412&idnl=65700&